Club Umpire : je croyais savoir arbitrer… je ne savais rien
- gauthier
- 26 mai
- 4 min de lecture
Pendant 35 ans, j’ai arbitré des matchs de hockey avec l’assurance de celui qui connaît les règles, le jeu et ses dynamiques. Alors quand j’ai vu que la fédération proposait une formation “Club Umpire” pour encadrer les matchs jeunes, je me suis dit : « facile, une formalité ». Ce que j’ai vécu, c’est tout l’inverse. Entre coaching, désapprentissage, prise de conscience et retour à l’essence même de l’arbitrage, voici le récit d’un parcours inattendu…

Une leçon d’humilité
Le hockey, je le pratique depuis des décennies. Sur le terrain comme joueur, mais aussi comme arbitre « papa », dans à peu près toutes les divisions sauf celles avec des arbitres nationaux. Alors quand la fédé a lancé son programme “Club Umpire” pour les matchs jeunes, je n’ai pas trop réfléchi. Je me suis dit : j’ai les règles dans la tête, les automatismes dans les jambes, ça ira.
Heureusement, j’ai eu l’idée de demander à un ami – pas n’importe qui : Laurent Van Caubergh, ancien mentor de la LFH et coach national – de me regarder arbitrer un match et me faire un retour. Deux heures de son temps. Un samedi. Puis encore un autre samedi. Sans rien demander. Juste pour aider. Déjà là, grosse claque : il n’y a pas que les entraîneurs ou les coachs qui donnent de leur temps pour faire grandir ce sport. Les mentors, les arbitres, les formateurs aussi.
Et deuxième claque, pendant ces deux rencontres : je découvre que je n’arbitre pas. Je gère. Je réagis. Je fais le papa. Je connais les fautes, je vois les actions, mais mon placement est approximatif, mes gestes sont hérités d’un autre siècle (je montre encore avec deux bras l’endroit de la faute !), je siffle comme un joueur qui connaît le jeu, pas comme un arbitre qui doit être lisible. Bref, je prends conscience qu’il va falloir déconstruire beaucoup de choses.
Quand tu commences à comprendre que l’arbitrage, c’est tout un art
Ce que je croyais être une simple validation est devenu un vrai parcours. J’ai commencé à me plonger dans les exigences précises du programme “Club Umpire” proposé par la fédération. Et là aussi, autre surprise : on n’est pas là pour valider tes connaissances, mais pour te rendre cohérent avec un système. Placement, coup de sifflet, gestuelle, entente avec l’autre arbitre… tout doit être pensé, intégré, exécuté de façon uniforme.
Par exemple, la gestion des fautes “grises” : ce n’est pas juste une question de règle, mais d’interprétation commune. Est-ce que sur une réception de flick, tout le monde doit être à cinq mètres ? Est-ce qu’on accepte qu’un joueur soit plus proche s’il ne dispute pas la balle ? La vérité importe moins que la cohérence entre les deux arbitres. Et là, j’ai compris que l’arbitrage, c’est pas une science exacte. C’est un langage qu’on parle à deux.
Et plus je m’appliquais à me placer correctement, à utiliser les bons gestes, à réfléchir avant de siffler, plus quelque chose de subtil s’opérait : le “papa” disparaissait. Un peu comme ces juges anglais qui portent une perruque pour signifier qu’ils ne parlent plus en leur nom. Et à force de m’appliquer, d’enfiler ce costume, je devenais ce que je devais être : un repère neutre, juste, présent.
L’examen : rigueur, bienveillance… et un diplôme inattendu
Grâce aux efforts de Jean-François Verpaele, je suis convoqué pour mon évaluation. Et là encore, je m’attendais à un truc vite fait, sans grande préparation. Eh bien non.
Frédéric, le superviseur, me contacte par mail deux jours avant pour confirmer l’heure, le lieu, s’assurer que tout est en ordre. Nathalie me contacte via WhatsApp : “Tu es prêt ? Tu as des questions ? N’oublie pas tes consignes ! Bonne chance !” – je suis touché par autant de bienveillance.
Le jour J, Frédéric est là, calme, précis, encourageant. Mon binôme du jour a déjà son diplôme, on se cale ensemble sur la gestuelle, les fautes, les intentions. Le match se passe bien. Et à la fin, Frédéric me fait un feedback constructif, encourageant… et m’annonce que c’est bon. Je reçois mon diplôme digital dans la foulée.
Mais plus que ce bout de papier, c’est ce qu’il représente qui me marque : un chemin de respect. Celui des autres, des règles, mais surtout de soi. Comprendre que quand un arbitre siffle, il ne demande pas qu’on soit d’accord. Il demande qu’on le respecte. Parce qu’il fait ce qu’il peut, du mieux qu’il peut. Et souvent, c’est déjà beaucoup.
Une aventure qui mérite d’être tentée
Alors voilà. J’ai commencé ce parcours en me disant “allez, on valide un diplôme”. Je l’ai terminé en me disant “j’ai changé de regard”. Sur moi, sur les arbitres, sur le jeu. Et je ne suis pas sûr que je vais révolutionner les matchs que je vais arbitrer. Mais je suis sûr d’une chose : je les aborderai avec plus de justesse, de recul… et de respect.
Si tu aimes le hockey, si tu veux rendre un peu à ce sport ce qu’il t’a donné, si tu veux comprendre un peu mieux comment il fonctionne… alors vas-y. Inscris-toi. Fais-le. Tu verras : tu apprendras plus que tu ne crois.
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