Les matchs de la division honneur doivent-ils ĂȘtre payants?
- gauthier
- 17 mars 2025
- 5 min de lecture
Les demi-finales et finales des Play-offs en fin de saison, les finales de lâindoor, lâEHL Pro League de Wilrijk en juin, les J.O. de Paris de lâan passĂ©... Que des matchs payants. Les rencontres de championnats devraient-elles suivre cette logique?
Les clubs sont divisés et les pro-gratuité sont en majorité

Les finales de lâindoor se sont achĂ©vĂ©es, mettant un terme au championnat indoor messieurs, dames et jeunes. Pour assister aux demi-finales et finales, il fallait sâacquitter dâun prix dâentrĂ©e. Pour les finales Ă Wilrijk, le tarif oscille habituellement entre 15 et 30 euros par journĂ©e et par personne.
Sur ce mĂȘme site, quelques semaines plus tard, on pourra assister aux matchs de FIH (fĂ©dĂ©ration internationale de hockey) Pro League auxquels participeront les Red Lions et les Red Panthers. SâĂ©talant sur seize jours, les billets couvrant la totalitĂ© de lâĂ©vĂ©nement sâachĂštent Ă 140 euros pour les enfants et Ă 190 euros par adulte. Pour un billet « à la rencontre » il faudra sâacquitter dâun prix de 30 euros par personne.
Et les rencontres des J.O.? LĂ , ce nâest plus seulement la valeur qui est en jeu, mais aussi la chance! CâĂ©tait en affet trĂšs difficile de mettre la main sur un billet â encore abordable - pour les matchs jouĂ©s avant les quarts de finale. Pour les rencontres au-delĂ , on parlait parfois de montants qui dĂ©passaient 200 ou 250 euros.
De lâor au prix du plomb
De 10 Ă 250 euros, donc, pour assister Ă la prestation de nos joueurs belges dans certaines compĂ©titions. Mais tout au long de lâannĂ©e, il est possible de voir jouer nos Red Lions sans dĂ©bourser un euro. Dans des rencontres qui opposent le WatDucks, le LĂ©o, le Braxgata, la Gantoise, lâHerakles ou lâOrĂ©e, on peut retrouver une grande partie de notre Ă©quipe nationale sâaffronter, sans pour autant avoir Ă dĂ©penser un euro.
Si on ne rechigne pas Ă mettre la main Ă la poche pour une sortie concert ou cinĂ©ma, les matchs de championnat ne semblent pas mĂ©riter le mĂȘme traitement. Pourquoi? Parce que, comme le dit l'adage, ce qui est gratuit n'a pas de valeur?
En ce qui concerne le hockey, on le sait, câest faux! Car la valeur des joueurs est Ă©tablie, ils valent lâor olympique, sont champions d'Europe et du monde. Et le prix pour assister Ă ces rencontres a, lui, Ă©tĂ© Ă©tabli. Le montant des droits de retransmission media ainsi que l'intĂ©rĂȘt des sponsors pour le championnat de Belgique confirment Ă©galement cette valeur. Si un groupe media comme Telenet/Voo ou RTL veut lâexclusivitĂ© de retransmission de certains matchs, il devra la nĂ©gocier avec la THL (Top Hockey League) qui rassemble les 16 clubs ayant une Ă©quipe en division honneur. Il en va de mĂȘme pour le sponsor de la league. Lâoffre «hockey DH» nâest donc pas gratuite.
La THLÂ dit NON
Selon CĂ©dric Deleuze, prĂ©sident de la THL, la question des matchs payants a Ă©tĂ© soulevĂ©e et dĂ©battue par quelques clubs. A l'issue du vote, câest le «non» qui lâa trĂšs largement emportĂ©. Pas de prise de dĂ©cision unilatĂ©rale au sein de la THL, donc, mais bien un groupe qui essaie de travailler ensemble en bonne intelligence et dans lâintĂ©rĂȘt du sport. Une large majoritĂ© de clubs sâest dĂšs lors opposĂ©e Ă faire payer les spectateurs. Quels Ă©taient les arguments des uns et des autres?
Michel Schuermans, coprĂ©sident de lâHerakles, a votĂ© contre. « Nous dĂ©ployons beaucoup d'Ă©nergie pour attirer des spectateurs aux matchs du dimanche et nous pensons que les rendre payants va annihiler ces efforts. Les familles se mobilisent dĂ©jĂ les soirs de semaine pour les entraĂźnements des enfants et les samedis pour les matchs. Peu de chance qu'ils sacrifient en plus leurs dimanches si cela leur coĂ»te de lâargent.» Et puis, les infrastructures des clubs et, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l'expĂ©rience offerte, le justifient-ils?
Un event ne pourrait jamais ĂȘtre gratuit
Membre du conseil dâadministration et ex-prĂ©sident du Waterloo Ducks, Xavier Caytan ne partage pas cet avis. «Cela nous semble ĂȘtre une obligation. Nous voyons aujourdâhui Ă©voluer dans le championnat belge des joueurs dâune trĂšs grande qualitĂ©. Le hockey ne cesse de se professionnaliser, la division honneur grandit mais le sponsoring plafonne. CrĂ©er une nouvelle source de revenu est donc une progression logique. Nous avons Ă©tudiĂ© la question et des sponsors seraient prĂȘts Ă nous suivre. Et nous pensons que les spectateurs en feront de mĂȘme. Nous ne pouvons faire lâĂ©conomie de cette Ă©volution.»
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Un argument partagĂ© dans le monde de lâĂ©vĂ©nementiel. «Il ne me serait jamais venu Ă lâidĂ©e de ne pas faire payer lâentrĂ©e Ă mes Ă©vĂ©nements, confirme David, ancien organisateur de salons Ă Bruxelles. MĂȘme si les exposants paient pour ĂȘtre prĂ©sents, laisser lâentrĂ©e gratuite envoie le message que le contenu du salon nâa pas rĂ©ellement de valeur. Et ça, pour mes exposants, câĂ©tait inenvisageable. CâĂ©tait aussi une maniĂšre dâassurer la prĂ©sence des visiteurs. Sinon, au moindre rayon de soleil, ils auraient prĂ©fĂ©rĂ©s une balade en forĂȘt ou une escapade Ă la mer.»
LâĂ©crin fait aussi la valeur du diamant
Mais lâoffre dĂ©finit-elle Ă elle-seule la valeur potentielle dâun match ou dâun Ă©vĂ©nement? On se souvient du violoniste virtuose Joshua Bell qui, la veille dâune reprĂ©sentation Ă guichets fermĂ©s au Symphony Hall de Boston, avait jouĂ© le mĂȘme morceau dans le mĂ©tro, incognito, et nâavait rĂ©coltĂ© que quelques dollars...
«ConsidĂ©rer la problĂ©matique sur la seule base de la qualitĂ© du contenu est une erreur», confirme Denis Delforge, administrateur dĂ©lĂ©guĂ© de Brussels Expo et de lâING Arena. Le public vient assister Ă un spectacle et lâoffre doit donc intĂ©grer dâautres composantes, comme lâinfrastructure, les services proposĂ©s (food, drink, parking,...) ou lâenjeu de la rencontre. Si l'un de ces Ă©lĂ©ments nâest pas au niveau, la valorisation sera compliquĂ©e.
Faut-il alors attendre dâavoir de grandes infrastructures pour faire payer les matchs de DH? Pas forcĂ©ment, selon Denis Delforge. «De nombreux salons exigent un droit d'entrĂ©e, mais nous savons que beaucoup de visiteurs reçoivent des places gratuitement. Via un exposant, un sponsor ou un media partenaire. Au final, le nombre de places rĂ©ellement payĂ©es est extrĂȘmement rĂ©duit.» Une option Ă envisager? A dĂ©faut de payer leur entrĂ©e, les spectateurs invitĂ©s connaĂźtraient au moins la valeur de l'Ă©vĂ©nement proposĂ©.
Le hockey de haut niveau payant en Belgique ? Aujourdâhui, la rĂ©ponse est non, mais pour combien de temps encore ? Alors que le sport se professionnalise et que les clubs cherchent de nouvelles sources de revenus, la question reviendra tĂŽt ou tard sur la table. Tous les clubs de DH cherchent des sponsors, mais pourquoi un sponsor mettrait-il de lâargent sur la table, alors que les spectateurs eux ne sont pas prĂȘt Ă le faire pour assister Ă un match ? Ă quel moment dĂ©cidera-t-on que ce qui a de la valeur mĂ©rite un prix ? Et surtout, les spectateurs sont-ils prĂȘts Ă changer leurs habitudes et leur vision du hockey belge ?

